Réussir la transition numérique. Pourquoi pas ?

Réussir la transition numérique.  Pourquoi pas ?

Réussir la transition numérique. Pourquoi pas ?

août 4, 2017

Lors des 30 rencontres, organisées par la Fédération Wallonie-Bruxelles,  pour la présentation du Pacte d’Excellence , certains enseignants ont eu l’occasion d’exposer leurs “bonnes pratiques pédagogiques”. C’est lors d’une de ces  rencontres,  à la Sainte-Union à Dour,  qu’Isabelle Heymans  y a présenté les miennes,  à savoir la mise en application d’outils numériques dans ses classes.

Voici le compte rendu de son exposé.

1, – Qui suis-je

Après quelques expériences dans le privé avec une formation d’ingénieur industriel et en ISO 9000, je me suis réorientée vers l’enseignement lorsque mes enfants étaient au début de leurs primaires.

J’ai suivi une formation pédagogique en cours du soir et j’ai glissé assez rapidement vers ce que j’appellerais une « prof connectée »

2, – Le cheminement

2.1. Pdf et compagnie 

J’ai eu la chance d’enseigner dans le DI (degré inférieur- trois premières années du secondaire),  en  Géographie en 2007. J’ai créé un  un forum  pour les élèves avec des séquences vidéos des quizz des liens (qui illustraient mes cours). J’avais plusieurs classes en parallèle cela me permettait de peaufiner mes cours.

Ensuite par manque de stabilité d’emploi ( beaucoup de remplacements dans différents réseaux – avec différents programmes, différentes filières dans le général, du professionnel, le CEFA, le technique ) j’ai surtout accumulé  des ressources.

Faute de place, j’ai commencé  à acheter mes magazines numérisés , j’ai stocké des pdf, marqué en favoris une quantité folle de  liens Internet  et surtout mis de coté de courtes vidéos illustratives de laboratoire de chimie de physique pour pallier au manque de matériel dans certaines écoles.

Par contre, je travaillais quasiment au jour le jour,  il est difficile de construire dans ces conditions

En septembre 2010, je suis engagée pour travailler dans une section technique environnement.

2.2. Présence sur Internet

L’installation d’un “blog  collaboratif terretous.com avec la participation des élèves (sur WordPress) est venue du fait que les élèves se sentaient dévalorisés car dans une section technique. L’idée première était de mettre en valeur leurs actions sur le terrain et  leurs apprentissages

Encore aujourd’hui après 7 ans , les élèves créent du contenu sous forme d’articles, de compte rendu de sorties -sujets d’actualité – interview. On peut également y retrouver certaines séquences de cours.

Les élèves sont évalués sur leur production d’articles en cours AIP (Activités d’insertion professionnelle)

Les autres outils régulièrement utilisés pour les cours sont :

Une page facebook ( https://www.facebook.com/terretous/) pour diffuser leurs productions, valoriser leur travail lors des gestions et se faire connaître auprès des professionnels du secteur.

En lien avec leur stage futur (que je supervise), je leurs demande d’avoir une adresse mail professionnelle –nom.prénom @gmail.com

2.3. Gestion de documents

Dans un souci de cohérence avec la section environnement et donc pour diminuer les photocopies et partager des ressources – je partage une dropbox avec les élèves

Toujours avec la même idée de limiter le papier,  j’alimente régulièrement une bibliothèque virtuelle sur ISSUU avec des brochures sur l’environnement pour les élèves. Les brochures sont utilisées lors des préparations ou comme base de documentation.

2.4. Manque de matériel et connexion Internet

Au début, ne disposant pas  de connexion wifi à l’école, ni de matériel, je fonctionnais avec mon ordinateur portable et une borne mifi . Internet me coûtait 6€/ jour, les questions sur la gestion du blog ou la rédaction des articles étaient souvent posées par mail.

J’ai alors répondu à un premier appel à projet école numérique pour recevoir  du matériel pour les élèves. Ce fut un Flop, le projet du blog n’a pas été repris mais néanmoins encouragé.

2. 5. Critique des sources

Un premier constat était , lors de la correction des articles , que les sources n’étaient  pas toujours valides

En réponse à cela, j’ai commencé à inscrire les élèves à une formation à distance (travail à domicile) à Technofutur «  trouver l’info sur Internet »

Ce fut le point de départ  vers la tenue d’un Scoop It par les sixièmes années. Ils doivent  suivre un sujet d’actualité durant plusieurs mois et sélectionner des sources valides s’y rapportant

Ce travail est coté chaque semaine mais il a déjà donné lieu à des présentations orales et même à une SIPS (situation d’intégration professionnelle significative)

2.6 Le projet parcours nature

J’ai réitéré ma participation à l’appel à projet Ecole numérique 2 avec un parcours nature – une SIPS , rendu plus attractif par l’ajout d’une carte interactive sur Google Maps comprenant des vidéos produites par les élèves, des photos, des liens.

Cette fois, le projet a été selectionné et nous avons reçu du matériel :  un iMac pour la classe , 8 tablettes (à se partager) dont 4 avec la 3G pour aller sur le terrain , une GoPro et une connexion wifi officielle pour la classe.

2. 7. Les autres outils

  • Google Maps pour la carte (en lien avec nos cours d’aménagement du territoire)
  • Youtube – lié automatiquement avec leur compte Google
  • Slideshare (lors de leurs présentations orales les élèves sont évalués sur leur support – Keynote)
  • Un stage montage de vidéos à Technocité pour pallier que chaque élève puisse monter et créer ses propres vidéos avec un logiciel Final Cut Pro X
  • Twitter – en cours d’AIP – lors d’une séance de cours durant laquelle les élèves posent leurs questions et répondent à celle du prof via Twitter (1 x /an )
  • Création d’un questionnaire en ligne avec Google Forms

Dans le profil de qualification – les élèves doivent maîtriser du vocabulaire technique et donc l’idée est venue de rajouter un wiki sur le blog. Chacun y contribue et les définitions sont validées

 3, – Avantages du numérique en classe

3,1,- Relation prof – élève

Je suis disponible et souvent connectée ce qui améliore les relations et favorise le travail à domicile des élèves. Ils savent qu’ils peuvent être aidés. Attention que cela reste un choix personnel, je ne le ressens pas comme une obligation. Ils n’en abusent d’ailleurs pas.

Le fait d’utiliser le numérique améliore également mon image auprès des  élèves car ils savent que je travaille sans être forcément devant eux.

Il en va de même vis à vis des parents.

3,2, – Utilité professionnelle

Notre présence sur Internet:

  • Renforce l’image de la section mais aussi celle de l’élève (nom en dessous des articles et sur le scoop it)
  • Valorise et renseigne sur la formation des élèves
  • Facilite la recherche des stages auprès des professionnels des secteurs

4, – Difficultés rencontrées

4,1 – Protection des données

Le matériel est partagé et dans la pratique il est difficile de vérifier si toutes les déconnexions sont faites à chaque fois.

Il reste toujours la crainte d’usurpation d’identité ou encore de cyber harcèlement.

4,2, – Veille continue sur les réseaux sociaux

Les élèves sont éditeurs sur la page facebook voire administrateur,   il était un peu flippant de les laisser répondre aux commentaires surotut qu’ils n’ont pas forcément les mêmes horaires que moi. Ils sont sensibilisés au début d’année, il n’y a jamais eu de dérapages.

4,3- La maintenance du matériel

Le point le plus lourd à gérer. Les mises à jour des tablettes, recharger le matériel, je n’ai pas d’heures prévues dans mon horaire pour cela.

Notre  local équipé du wifi avec l’iMac est occupé par d’autres professeurs également – du coup c’est souvent chez moi que je fais la maintenance

4,4- Acceptation

  • de la direction,
  • des collègues (engendrent des jalousies pour le wifi, le matériel , popularité ),
  • de certains élèves « Geek » qui considèrent que c’est une chasse gardée ou réticents à participer de peur de paraître « frotte-manche »

5, – Pour réussir la transition numérique, le pacte est une bonne chose

A la lumière de mon expérience, j’espère qu’il sera un  facilitateur d’obstacles.

6, – Pour surmonter les obstacles  

6, 1, – Le prof pas formé >< digital native

L’élève Geek met souvent mal à l’aise le prof qui prend finalement la place de l’apprenant.

Mes enfants sont d’ailleurs souvent surpris que leur prof leurs demandent de l’aide pour brancher un projecteur ou avec le TBI.

L’image que ces élèves projettent est très souvent surfaite

La solution apportée par le pacte serait l’ accompagnement et formation

A mon avis celle-ci ne serait efficace que si elle est différenciée , en fonction des disciplines , en fonction de la disponibilité du prof, en fonction de son degré de connaissances. 

Une idée serait : Pourquoi ne pas proposer des tutos vidéos en ligne pour que les profs se forment en fonction de leurs besoins ?

6, 2, – Chronophage

D’expérience,  je dirais qu’au final je gagne du temps et renforce mon efficacité. Fini le temps passé devant la photocopieuse, plus besoin d’imprimer,  plus de parents aux réunions, plus besoin de courir après les dossiers des retardataires. Par contre il est vrai que sélectionner les applications et faire la maintenance des iPads diminuent un peu le gain de temps réalisé.

Mon avis serait que le pacte d’excellence devrait aider à

  • rendre disponible davantage des ressources numérisées,
  • améliorer les remédiations,
  •  favoriser la pédagogie différenciée et/ou la pédagogie inversée,
  • aider les jeunes profs qui démarrent ou les remplaçants,
  • homogénéiser les formations entre les écoles,
  • remplacer les manuels scolaires qui servent souvent de référentiel mais qui sont aussi un coût pour les élèves mais aussi pour les profs.

Maintenant lors de la création de supports, il y a toujours des passagers clandestins. On commence par partager et puis faute de retour, des micros groupes finissent par se former en parallèle

Mais alors, pourquoi ne pas engager des profs-pédagogues spécialement pour réaliser des supports de cours pour la plateforme ?

A l’usage, je suis pour BYOD (pour la sécurité des données). Pour les élèves en difficulté il existe toujours des solutions d’aide sociale. Je ne pense pas qu’il existe des écoles qui fournissent des calculettes pour le cours de math et là aussi la diversité et le coût peut poser question

Le prix d’une tablette est rentabilisé sur 3 ans par l ‘élève si on le soulage du prix des photocopies (75€/ an) et parfois le prêt des livres

Pour gagner du temps, je pense que réaliser  un journal de classe en ligne avec la matière vue et les travaux à rendre (positif pour les élèves absents, pour les remplaçants, pour les parents ) devrait être une priorité.

Idem pour la gestion des absences des élèves, le fait de numériser les présences offrirait un énorme gain de temps et d’argent  (plus besoin d’aller vérifier si les absences sont couvertes par un CM)

A de nombreux niveaux,  numériser l’école, libérerait du temps au bénéfice des apprentissages.

6,3, – La perte de savoir

Avant le savoir était rare et détenu par les profs, les bibliothèques, les librairies, … Aujourd’hui, il est accessible en ligne et à portée de main.

Les compétences évoluent car l’élève doit être capable de trouver et de trier les informations qu’ils trouvent.

Il est évident que les bases doivent être encore maîtrisées mais que les compétences évoluent, tout comme les métiers auxquels se destinent les élèves.

Le prof n’est plus le seul à détenir le savoir, il s’agit d’une perte inévitable de maîtrise mais il devient celui qui les aide à sélectionner leurs savoirs face à l’infobésité.

6, 4, – Le prof cible

Quel est le prof qui n’a pas eu

  • Peur d’être sur youtube,
  • Des mails intempestifs,
  • De se retrouver sur Badoo,

A mon sens,  ces dérives n’ont lieu que par manque de conscientisation des élèves.  Mais est-ce congruent de sanctionner un comportement si on n’a pas éduqué ?

Et de toute manière, les élèves ont déjà pratiquement tous la 3G.

L’urgence est donc de les former au bon usage du numérique, à la protection des données personnelles  sur Internet et de définir des objectifs constructifs avec les élèves.